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Le Mosasaure
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Dernière mise à jour : 29/10/2008

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En marge de l’exposition « Mons sous le soleil du Crétacé »

Le Mosasaure
Son importance, l'histoire de sa découverte


Le serpent des mers crétacées

Il y a quelques 100 millions d'années, régnait sur la Terre un climat tropical. Le niveau des mers était plus haut, elles avaient une extension plus grande qu'aujourd'hui. Notre région montoise était occupée par une de ces mers. Elles étaient peuplées de nombreux animaux, les plus étonnants d’entre eux étaient de puissants nageurs, aux corps profilés pour la course, à la mâchoire garnie de dents acérées : les mosasaures (figure 1).

Comme leur squelette nous l'indique, ces animaux marins étaient des reptiles. Ils sont retournés vers le milieu aquatique, après en être sorti au cours de leur évolution qui les a fait dériver des amphibiens. Si la paléontologie moderne les connaît bien (la paléontologie est la science qui étudie les êtres vivants disparus, leur milieu de vie, leur évolution), comment la découverte du premier mosasaure a-t-elle eu lieu ?

 

Figure 1. Reconstitution  d’un mosasaure en train de chasser.

 

Une découverte majeure : le « grand animal de Maastricht »

 

Transportons-nous à 150 km de Mons. Maastricht voit son sous-sol, à l’instar de la Malogne à Cuesmes, transformé en un labyrinthe souterrain : on y exploite un calcaire blanc, dont la taille aisée en fait une pierre à bâtir intéressante. Plus particulièrement sous la Montagne Saint-Pierre, colline dominant la Meuse, en cette année 1770, les carriers découvrent au sein du calcaire blanc un crâne pourvu de mâchoires gigantesques garnies de dents acérées (figures 2 & 3). Ils appellent le docteur Hoffmann qui y voit effectivement des mâchoires d’un animal ancien. Il devient ainsi le découvreur « officiel » du fossile. Il pense à un crocodile énorme ou à un animal de ce type. C’est également l’interprétation donnée par l’anatomiste hollandais Peter Carriper qui y voit un cachalot ou celle du naturaliste Martinus Van Marum qui pense en 1790 à un dauphin.

 

Figure 2. Découverte du « grand animal de Maastricht », d’après une gravure publiée par Faujas de Saint-Fond en 1799.

Le propriétaire du terrain, le chanoine Godding, s’accapare la découverte suite à un jugement. Sur ces péripéties, les armées de la France révolutionnaire envahissent les états du Nord. La nouvelle de la découverte circulait et on dit que le bombardement de Maastricht en 1794 avait été fait de telle manière d’épargner la maison du chanoine. Mais ce dernier avait caché le précieux trophée. Loin de se décourager, le général commandant les troupes françaises promet 600 bouteilles de vin à qui lui livre le crâne !

Légende ou histoire enjolivée, le résultat est la confiscation du fossile à la Hollande et son dépôt à Paris en 1795. Il fait maintenant partie des collections du Muséum d’histoire naturelle de Paris, ce qui n’empêche pas les Hollandais de continuer à réclamer ce qu’ils considèrent toujours comme le résultat d’un pillage !

L’histoire du grand animal de Maastricht ne s’arrête pas là. Le folklore teinté d’histoire fait place à la recherche scientifique. A Paris, au Muséum, un homme fait parler de lui par ses travaux et découvertes sur l’anatomie comparée entre les animaux actuels et les fossiles trouvés dans les strates sédimentaires anciennes : Georges Cuvier. En 1796, Cuvier résout le problème des éléphants fossiles. Il reconnaît des espèces distinctes ayant disparu. Ayant étudié le crâne du grand animal de Maastricht, il l’attribue à une espèce proche des lézards, plus particulièrement des varans. Et puisque la roche encaissante est marine, et qu’aucun varan n’est plus adapté à la vie marine, Cuvier en déduit que c’est un animal disparu, ce qui ne l’étonnait plus. Mais c’est un paléontologue anglais, Corrybeare, qui le nomme mosasaurus, lézard de la Meuse.

 

Figure 3. Mâchoires de mosasaure (Mosasaurus giganteus) découvertes à Maastricht. D’après photographie in Robin (1925).

 

Le mosasaure de Mons : le Hainosaurus Bernardi

 

Lors de l’exploitation des phosphates du Bassin de Mons, phosphates associés du carbonate de calcium et formant une formation géologique appelée « Craie phosphatée de Ciply », les mineurs découvrirent des ossements d’animaux gigantesques. C’étaient des mosasaures, dont une espèce était nouvelle pour la science : Hainosaurus Bernardi.

Sont-ils des dinosaures? L'imagerie populaire actuelle a tendance à considérer les reptiles de l'Ere Secondaire comme étant tous des dinosaures. En fait, il n'en est rien. Les dinosaures sont des animaux uniquement terrestres, dressés sur leurs pattes. Les reptiles nageurs font partie d’un groupe lui aussi entièrement disparu de l'ordre des lépidosauriens. La tête est très grande, le crâne du hainosaure montré dans l’exposition mesure plus d'un mètre. Les dents sont pointues et plantées dans des alvéoles. L'animal a un corps allongé, à l'allure d’un énorme serpent. Ses membres sont très courts ; ce sont des membres de type terrestre, pas des nageoires. Ils se sont transformés en « palettes natatoires ». Les vertèbres sont très nombreuses, parfois plus de 150 ! Ces animaux pouvaient fréquemment dépasser 10 mètres ; le plus grand hainosaure découvert dans les phosphatières hennuyères et conservé à l'Institut des Sciences Naturelles de Belgique atteint 15 mètres.

 

Figure 4. Le squelette de l’hainosaure dans son contexte géologique. Il est inclus dans la craie phosphatée, recouverte de sable et de limons. Une partie de la queue de l’animal manque car elle est située dans une poche de dissolution, la ou l’altération chimique des roches a emporté le carbonate de calcium.

 

Figure 5. Squelette du mosasaure.

Son appareil auditif est construit comme celui des lézards, prouvant que l'animal nageait dans des eaux peu profondes. Un autre genre est Plioplatecarpus qui lui possède un appareil auditif proche de celui des baleines : l'animal devait plonger pour attraper ses proies. L'Amérique du Nord a aussi fourni d'autres genres : Platecarpus, Tylosaurus et Clidates. Enfin, le genre Hainosaurus est typique de la craie phosphatée de Mons, d’où son nom régional.

 

Bibliographie

Delattre C. & coll., 1973 – guides géologiques régionaux : Régions du Nord : Flandres, Artois, Boulonnais, Picardie, Bassin de Mons. Ed. Masson.

Robin A., 1925 – La Terre, ses aspects, sa structure, son évolution. Librairie Larousse, Paris : 330 p., 3 cartes géologiques en couleur, 760 reproductions photographiques, 53 tableaux, 158 dessins.